Archéo Mellois textes et documents

histoire et archéologie dans les six cantons du pays mellois

16 août 2007

1498 : une bulle du pape pour le curé de St Génard



Une rente viagère sur la cure

de Saint-Génard de Nossay

Bulle du pape Alexandre VI (Rodrigo Borgia).

Texte latin publié vers 1930 par l'abbé Largeau dans son histoire de l'abbaye de Celles.

Traduction FV 2005 (sur photocopie. Je n'ai pas vu le livre.)



   Alexandre VI a déjà produit deux documents (disparus) : une lettre a entériné la résignation de l'ancien curé en faveur de son successeur. Une "lettre postérieure" a défini les modalités de la rente viagère. La bulle qui est parvenue jusqu'à nous est une lettre adressée à des responsables locaux pour qu'ils garantissent le paiement de la rente.

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nef et choeur de Saint-Génard de Nossay dans leur état actuel - photo Pascal Desbois


Le style

Un texte lourd, des phrases inutilement compliquées, des formules redondantes, une certaine confusion dans l'expression. Cette lourdeur se rencontre dans les textes de l'époque.

  Il se pourrait que ce scribe soit espagnol, comme le pape : "Guillermus" ne correspond ni à la prononciation française (Guillaume) ni à la prononciation italienne (Guglielmo), mais à la prononciation castillane (Guillermo).

  Confusion de l'expression et présence d'un hispanisme : le scribe a-t-il écrit sous la dictée du pape ou d'un de ses proches ?

Onomastique

L'ancien et le nouveau curé

"Guillermus Regis" : Regis peut être une latinisation des français Roy, Leroy, Duroy ... L'abbé Largeau a choisi "Guillaume Roy". Le connaissait-il par ailleurs ? Le génitif m'incite à choisir "Duroy".

"Dionysus Rinage" : l'abbé Largeau a hésité entre "Rinage" et "Rivage". Aucun des deux noms n'existe aujourd'hui en Poitou.

Les signataires

  Il y a au moins un nom français (et d'allure melloise : G. Béronne). Deux noms semblent italiens (F. Parma, B. Anselini), deux espagnols (A. Calder, Pennafiel). F. Ponjicius est une latinisation dont je ne vois pas le modèle.  L. Ver pourrait être la latinisation du français Printemps.
  Qui sont ces signataires : des secrétaires pontificaux ? les représentants des deux parties ? des témoins ? Peut-être tout ça.

  Denis Rinage n'a pas signé. Or le texte de la bulle suggère qu'il est présent à Rome : car il est bien spécifié que Guillaume du Roy est représenté par son procureur,  alors que l'on parle du consentement formel de Denis Rinage.

Le contexte historique

Les Borgias

  Le pape Alexandre VI est le célèbre cardinal espagnol Rodrigo Borgia, à la réputation sulfureuse. Quand il n'était encore que secrétaire pontifical il vivait publiquement à Rome avec sa maîtresse italienne. Devenu pape il a voulu placer avantageusement ses enfants et ses parents. Ce n'était pas une exception : ses prédécesseurs et son successeur ont fait de même. Toutefois le cynisme et la brutalité des Borgias ont distingué cette famille et créé une légende noire autour de leur nom, rejetant les autres dans l'oubli.

  Le fils aîné d' Alexandre VI, Jean, nommé duc de Gandie, aurait été assassiné et jeté dans le Tibre par son frère César, selon la légende noire des Borgias.
  La fille, Lucrèce, aurait couché avec ses deux frères. Elle a été mariée plusieurs fois. L'un au moins de ses maris a été assassiné au Vatican sur ordre de César Borgia. Lucrèce a fini tranquillement sa vie duchesse de Ferrare, auprès de son dernier mari Hercule d'Este.
  Quant au cadet, César, d'abord nommé cardinal, il a préféré une carrière civile et militaire. Nommé gonfalonier de l'église (chef de l'armée pontificale), créé plus tard duc de Valentinois par le roi de France, il a tenté de se constituer une principauté en Italie centrale avec des méthodes assez brutales, et il a finalement échoué parce que son père est mort trop tôt (empoisonné par erreur avec le poison qu'il destinait à l'un de ses cardinaux, dit la légende noire des Borgias). 
   César Borgia est le modèle du "Prince" de Nicolas Machiavel. Dans ce petit ouvrage délicieusement cynique (une sorte de manuel de l'apprenti dictateur), on apprend comment conquérir le pouvoir et le conserver en éliminant méthodiquement les rivaux et opposants. Chaque proposition est illustrée par un exemple emprunté à la vie et à l'œuvre de don César.
  La famille possède heureusement aussi un saint, Saint François Borgia, un petit neveu du pape, qui fit partie des fondateurs de l'ordre des Jésuites au XVIème siècle.

le début des guerres d'Italie

  Alexandre VI a eu des rapports compliqués avec la France. Le jeune roi Charles VIII, fils de Louis XI, voulait conquérir le royaume de Naples, dont il se considérait comme l'héritier légitime. (Il y tenait tellement qu'il a restitué à ses voisins plusieurs des provinces conquises par son père, pour avoir la paix : l'Artois, la Franche-Comté, le Roussillon. Il faudra 150 ans de guerres pour les récupérer.) Le pape a d'abord tenté de s'y opposer, sans succès : le roi a traversé l'Italie du nord au sud avec une énorme armée suréquipée en canons lourds.
  On pensait qu'une fois à Rome Charles VIII ferait déposer le pape, mais il s'est agenouillé devant lui. Cela n'a pas empêché Alexandre VI de susciter une autre ligue pour empêcher Charles VIII de sortir d'Italie, après la conquête de Naples : l'armée française a dû s'ouvrir difficilement un passage à la bataille de Fornoue.
  Le royaume de Naples a vite été perdu, les garnisons françaises ne pouvant être secourues. Par la suite Alexandre VI et son fils César sont devenus de bons alliés de la France. César est venu en France rendre visite au roi, il a ébloui tout le monde par son luxe tapageur, il a épousé la riche héritière du comté de Valence et a obtenu le titre de duc de Valentinois.

les nouveaux mondes

  C'est aussi l'époque des grandes découvertes effectuées par des navigateurs espagnols et portugais.  Alexandre VI a négocié et garanti le fameux traité de Tordesillas, qui en 1494 partageait le monde entre l'Espagne et le Portugal.

Louis XII


  En avril 1498 Charles VIII meurt des suites d'un accident (fracture du crâne sur un linteau de porte basse). Son cousin Louis XII lui succède. Il a des droits familiaux sur le duché de Milan, et annonce son intention de le conquérir. César Borgia, créé duc de Valentinois, se rend en France à l'automne, assiste à Nantes au mariage de Louis XII avec Anne de Bretagne, et épouse lui-même une princesse française, avant de repartir pour l'Italie en février 1499.

Ce contexte politique ne devait guère troubler la paisible paroisse poitevine de Saint-Génard de Nossay. Toutefois il est intéressant de noter que beaucoup de gens circulaient entre la France et l'Italie, dans le cadre des négociations entre le roi, le pape et les autres puissances italiennes, pour préparer la conquête du duché de Milan. C'est peut-être une des explications de notre charte.


"Dix écus d'or au coin du roi de France".

  Il s'agit de l'écu au soleil, d'environ 3,5 grammes, valant 36 sous et 3 deniers tournois.
Ces dix écus valent donc 4350 deniers = 18 livres 2 sous et 6 deniers en monnaie de compte. Presque douze deniers par jour, six petites pièces en billon (alliage à 30% d'argent).
Qu'est-ce que cela représente dans la vie quotidienne de l'époque ? Et quelle portion des revenus de la cure de Saint-Génard le nouveau curé devra-t-il y consacrer ?

Les revenus d'un curé

Données glanées chez Michel Aubrun : la paroisse en France des origines au XVème siècle.

Au XVème siècle le revenu d'un curé provient essentiellement du casuel (les droits prélevés sur les actes religieux), en particulier les quêtes aux jours de fête et le droit de sépulture.  Encore les curés doivent-il partager avec les marguilliers ou luminiers (laïcs chargés de l'entretien de l'église), parfois aussi avec le patron de l'église, et payer des droits à l'évêque.

  Droits de sépulture en Auvergne : 13 deniers pour un enfant, 25 deniers pour un adulte. Dans le Maine : 30 sous (= 360 deniers) pour les riches, 7 sous (= 84 deniers) pour les pauvres. Une extrême-onction en Bourgogne coûte 18 deniers, alors que la confession avant mariage ne coûte qu'une poule.

  Quêtes en Auvergne : l'usage est de verser 2 deniers (une petite pièce de billon) aux quatre grandes fêtes. Le revenu des quêtes est de l'ordre de 12 livres par an.

  Il existe des cures si pauvres que le curé tente d'améliorer ses revenus par une seconde activité professionnelle. En Franche-Comté plusieurs curés fabriquent et vendent des masques et des marionnettes. En Berry on connaît le cas de curés tenant une auberge.

  Il existe aussi des cures riches, où le curé peut sous-traiter le travail à un vicaire, selon un contrat parfois passé devant notaire : le vicaire verse une somme fixe à date fixe (un fermage, en quelque sorte), ou bien il conserve une partie du revenu de la paroisse (le tiers ou la moitié) et verse le reste au curé absentéiste (un métayage, en quelque sorte.)

  Estimation du revenu moyen d'un curé en Auvergne (région pauvre) : 20 livres par an.

Et pour Saint-Génard ?

  Si l'on applique cette grille de lecture à Saint-Génard de Nossay, il semble qu'on ait affaire à une cure relativement riche, puisque le nouveau curé sera en mesure de verser à l'ancien une pension de 18 livres par an. Reste à savoir quelle proportion du revenu de la cure cela représente. Probablement le tiers.

  Pourquoi Guillaume du Roy a-t-il choisi de laisser sa cure à Denis Rinage, au lieu d'en faire son vicaire ? Pourquoi les deux prêtres se sont-ils adressés à la chancellerie pontificale, passant ainsi par-dessus leur hiérarchie (l'abbé de Nouaillé qui avait le droit de présentation en tant que patron de la paroisse, et l'évêque de Poitiers qui avait le droit de nomination.) ? Combien ont-il dû payer pour cela, en taxes régulières et en pots de vin ? Pourquoi tant de précautions et de menaces ? Pourquoi l'acte ne mentionne-t-il ni le prieuré, ni des moines de Nouaillé, ni l'évêque de Poitiers ? Comment ces instances ont-elles réagi ?  Autant de questions sans réponse.

L'attribution des bénéfices

  On trouve à la même époque l'usage suivant : quand un prélat meurt à Rome, le pape a automatiquement le droit de nommer des successeurs pour ses différents bénéfices. Toutefois cet usage se heurte à de fortes oppositions : même en Italie, il arrive que le duc de Milan ou la république de Venise refusent une nomination pontificale et désignent un autre évêque ou un autre abbé. Le conflit finit par se régler un jour ou l'autre, en général de la manière suivante : le pape  renonce à son candidat et reconnaît l'autre contre un fort dédommagement.

  En France la "pragmatique sanction" du roi Charles VII mettait toutes les nominations sous le contrôle royal et en écartait la papauté. Ses successeurs y ont renoncé, mais ont menacé à plusieurs reprises de la rétablir.   

Dans tous les cas il s'agit de gros bénéfices : évêchés, abbayes, et non de cures de campagne.


La paroisse, la cure, le prieuré et l'abbaye

Eléments d'histoire de la paroisse
données glanées chez Michel Aubrun :

  A l'origine il y a des églises publiques, peu nombreuses, et des fondations privées, avec des droits différents. Quelle que soit la nature de la paroisse, le prêtre doit être entretenu par une dotation en terres et par la dîme, partagée avec l'évêque. Les actes religieux sont censés être gratuits.

La tentative de normalisation carolingienne

  Les premiers Carolingiens ont tâché de rationaliser le système : les droits des églises sont progressivement égalisés, la dîme est rendue obligatoire, le prêtre doit être doté d'un véritable domaine (Michel Aubrun cite une charte : 10 hectares et 4 serviteurs. Cela lui semble peu.) Mais à la même époque commence l'irrésistible féodalisation de la société.

  Au moment de la réforme grégorienne (XIème-XIIème),  la plupart des églises ont un patron laïc, qui désigne le desservant et contrôle les revenus. La dîme, donnée en fief, partagée entre les héritiers, a complètement échappé aux prêtres. Le domaine du prêtre carolingien s'est réduit à quelques lopins : un jardin, une prairie. Pour vivre, le prêtre a dû trouver d'autres sources de revenus : toutes les activités religieuses sont payantes, et ces revenus sont souvent eux-mêmes partagés avec le patron, l'évêque ou d'autres ayant-droit. Cette situation ne changera pas fondamentalement jusqu'au concile de Trente.   

La mainmise monastique

La réforme grégorienne exige des patrons laïcs qu'il "restituent" leurs églises à l'église. Ils s'y résoudront peu à peu, mais à leur manière. La plupart vont donner ou revendre leurs églises et leurs dîmes à des abbayes, et non à l'évêque. Du point de vue du curé il n'y a pas de changement : au patron laïc s'est substitué un patron monastique, tout aussi exigeant. Le curé doit vivre de son casuel (la vente des actes religieux) et des revenus annexes qu'il peut acquérir ou qu'il se constitue par un autre travail.

  Le mot "curé" apparaît au XIIIème siècle. A la même époque apparaissent des associations de laïcs - la fabrique - qui désignent des marguilliers ou luminiers chargés de l'entretien de l'église.

  La plupart des paroisses sont donc des possessions monastiques, et des prieurés sont souvent installés à côté de l'église. Le clergé régulier n'a théoriquement pas le droit d'exercer la cure. Cette règle, rappelée périodiquement par des bulles papales, est néanmoins tournée de diverses manières.  De même un moine ne doit pas occuper seul un prieuré.

Dans bien des cas l'église est partagée physiquement entre les moines du prieuré et le curé avec ses paroissiens : par exemple le curé ne peut utiliser que la moitié de la nef et une chapelle. 


Et pour Saint Génard de Nossay ?

  Si l'on applique la grille de lecture de Michel Aubrun au cas particulier de Saint-Génard de Nossay, on tombe sur une multitude de questions sans réponse, mais qui méritent d'être énoncées pour servir de cadre de réflexion, tant pour la lecture des textes que pour les résultats des fouilles  :

- L'église a probablement été fondée dans le second quart du VIIIème siècle, si du moins son titulaire est bien le Saint Gennard, proche du roi Clotaire III, devenu abbé de Saint-Germer de Flay dans le diocèse de Beauvais, mort en 720, fêté le 6 avril.
Quel était alors le contexte local ? Y avait-il auparavant une église privée à Nossay ou dans les environs ? L'archiprêtré était-il déjà installé à Mazières ? (Le christianisme étant implanté depuis quatre siècles, il y avait nécessairement un encadrement religieux de la population locale, une église au centre de cet encadrement, une définition ancienne de limites paroissiales.)
L'os du crâne conservé dans une niche de l'église est-il une relique de Saint Gennard ?

- Vers 930 une dame et son fils donnent à l'abbaye de Nouaillé les deux églises de St Génard de Nossay et de St Pierre de Paizay En 1119 une bulle du pape Gélase II recense Saint-Génard parmi les prieurés de l'abbaye de Nouaillé. Ce prieuré contrôle aussi la paroisse de Paizay le Tort.

- Comment l'église de Saint-Génard était-elle partagée entre les moines du prieuré et le curé de la paroisse ?
Les bons moines de Nouaillé n'ont pas hésité à déblayer une partie du cimetière pour installer ou agrandir leur prieuré : ce cimetière était-il partiellement désaffecté ? A-t-il servi continûment à la population de Nossay, ou y avait-il ailleurs un cimetière paroissial ?

- Quels étaient les occupants du prieuré à sa destruction lors des guerres de religion ?
Y avait-il encore des moines et un prieur, ou bien le curé était-il venu s'installer dans un prieuré déserté et réaménagé en presbytère ?

- Quelles ont été les conséquences de la réorganisation consécutive au concile de Trente ?
Un texte du XVIIIème  nous apprend que les revenus du prieuré et de la paroisse étaient partagés entre le prieur titulaire, un moine de Montierneuf (1200 livres) et le desservant (600 livres) (donc une répartition 2/3 - 1/3). De quels revenus s'agit-il ? Y comprend-on le fermage des terres du prieuré ?


Questions diverses
(non examinées faute de moyens)

- La question des indulgences : la bulle papale évoque des indulgences individuelles ou collectives,  d'un modèle particulier.

- La question juridique : le pape s'adresse à l'official du diocèse de Poitiers (et non à son supérieur hiérarchique, l'évêque). Il s'adresse aussi à l'abbé de Notre-Dame de Celles, qui ne peut guère être concerné qu'à titre de voisin. Il évoque la procédure pour faire lever une excommunication : un appel à la censure ecclésiastique. Pourquoi ne s'adresse-t-il ni à l'évêque ni à l'abbé de Nouaillé ?

- La question des compétences et des fonctions : La bulle papale ne s'intéresse pas à la compétence de Denis Rinage. Elle le nomme "recteur de ladite église", comme s'il était déjà en fonction, tandis que Guillaume du Roy "tenait ladite église". Peut-être faut-il y voir la trace d'une situation semblable à celles décrites par Michel Aubrun : Guillaume du Roy aurait été un curé absentéiste, et Denis Rinage son vicaire. En 1498, pour une raison inconnue, Guillaume du Roy serait contraint de résigner sa cure, et il tenterait d'échanger son titre de curé contre une pension de retraite. 
Est-il possible de trouver des situations analogues ?

 1498, 25 décembre. Bulle du pape Alexandre VI adressée à l'abbé de Celles et à l'archidiacre de Vittel, diocèse de Toul, official de l'église de Poitiers, par laquelle il autorise l'assignation faite d'une pension de dix écus d'or sur le revenu de la cure de Saint-Génard, par Denis Rinage, curé titulaire, à Guillaume Roy, son prédécesseur, résignataire en sa faveur.


  Alexandre, évêque, serviteur des serviteurs de Dieu, à ses chers fils l'abbé du monastère de la Bienheureuse Marie de Celles, du diocèse du Poitou, et l'archidiacre de Vittel en l'église de Toul, et official du Poitou, salut et bénédiction apostolique.

  Aujourd'hui nous avons réservé, constitué et assigné, par une autre lettre de notre main, ainsi que cela est contenu plus précisément dans ladite lettre postérieure, à notre cher fils Guillaume du Roy, prêtre âgé du diocèse du Poitou, une pension annuelle de dix écus d'or au coin du Roi de France, sur les fruits, revenus et productions de l'église paroissiale de Saint Génard près de Melle du diocèse du Poitou, à lui-même, tant qu'il vivrait, ou à son procureur muni par lui d'un mandat spécial pour cela, par notre cher fils Denis Rinage, recteur de la même église, à qui nous avons aujourd'hui même  conféré gracieusement par lettre la susdite église, par libre résignation dudit Guillaume, ancien prêtre de la même église qu'il tenait alors, par l'intermédiaire de son procureur spécialement constitué par lui pour cela, (résignation) faite spontanément en nos mains et par nous admise, (église) alors vacante auprès du siège apostolique et auparavant réservée à la disposition apostolique, et par ses successeurs devenant en leur temps recteurs de la même église, (pension) devant être intégralement réglée chaque année à termes fixes bien précisés, sous sentence d'excommunication et peine de privation (de droits religieux), avec le consentement formel du même Denis Rinage.

  A ce sujet nous mandons à votre discrétion, par lettre apostolique, que, soit tous deux soit l'un d'entre vous, après que ladite lettre postérieure vous aura été présentée, vous usiez de votre autorité, par vous-mêmes ou par un quelconque intermédiaire, pour faire verser effectivement la pension due alors à Guillaume ou à son procurateur, selon le contenu et la teneur de la réservation, constitution et assignation susdites, et de notre décret à ce propos dans la même lettre postérieure.

  Qu'il s'agisse du susdit Denis et de ses successeurs, si vous constatez que l'un d'entre eux a encouru la sentence d'excommunication, chaque fois que vous en aurez été requis par le représentant dudit Guillaume du Roy l'ancien, tant les dimanches que les autres jours de fête dans les églises, au moment où la grande foule du peuple sera rassemblée pour la cérémonie, vous devrez dénoncer publiquement l'excommunié, et le faire dénoncer par d'autres, et l'interdire absolument, jusqu'à ce qu'il aura été donné satisfaction à Guillaume du Roy l'ancien, ou bien à son procureur, au sujet de la pension due alors, et que l'excommunié lui-même aura mérité d'obtenir le bénéfice de l'absolution de la sentence d'excommunication, en apaisant ses contradicteurs après appel à la censure ecclésiastique.

  Aucune objection ne pourra être soulevée parmi celles que nous avons rejetées dans ladite lettre postérieure : si par exemple Denis ou ses successeurs, ou qui que ce soit d'autre, possèdent une indulgence collective ou individuelle émanant du même siège, selon laquelle ils ne pourraient pas être interdits, suspendus ou excommuniés par lettre apostolique ne faisant pas pleine et expresse mention mot pour mot au contenu de l'indulgence.

   Donné à Rome à Saint Pierre en l'an de grâce mille quatre cent quatre-vingt dix huit, le 11 des calendes de janvier, septième année de notre pontificat.

F. Ponjicius                F. Parma
G. Béronne                B. Anselini                    Pennafiel
A. Calder
L. Ver

Texte latin publié par l'abbé Largeau dans son histoire de l'abbaye de Celles.
Traduction François Vareille 2005

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13 août 2007

Richard coeur de Lion (monnaies collection ville de Melle)

RICHARD CŒUR DE LION (1189–1196)

Richard cœur de lion est le second fils d’ Henri II Plantagenêt et d’ Aliénor d’Aquitaine. Dés 1175 avec l’aide de Louis VII roi de France ,il se révolta avec ses frères contre leur père . Homosexuel,  il fut manipulé par Philippe, futur roi de France (Philippe II Auguste). Devenu héritier du royaume, après la mort de son frère Henri en 1183, il succéda à son père en 1189 et passa les dix ans de son règne à guerroyer en terre sainte et en France. Il participa à la 3ème croisade et faillit reprendre Jérusalem. Au retour, fait prisonnier en Autriche, il restera deux ans captif. Marié à Bérangère de Navarre, la fille de Sanche VI, qui ne mis jamais les pieds en Angleterre, il n’eut pas d’enfant. Il trouva la mort en faisant le siège de la forteresse de Châlus en 1199. Il fut enterré à l’abbaye de Fontevrault, comme sa mère cinq ans plus tard.


N° 60    Denier – métal billon – poids 0,96g – diam 19mm

051_Coll___ville_Melle_n_60_avers052_Coll___ville_Melle_n__60_revers

A / + RICARDVS REX
     Croix grecque lettre S réalisée avec un poinçon en forme de croissant
R /  PIC  TAVIEN  SIS  sur trois lignes

Références     DUCAN-ELIAS n° 8


Collection de monnaies appartenant à la ville de Melle
Etude et documentation Jean-Paul Bailleul
du musée des mines de Melle

 

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époque féodale (monnaies collection ville de Melle)

Principales monnaies émises aux types mellois
sous les comtes du Poitou ducs d'Aquitaine


  Les monnaies avec MET  ALO en  légende bilinéaire apparaissent durant la première moitié du X ème siècle, puisqu’elles se retrouvent déjà dans le trésor de JAVARZAY (Deux Sèvres) enfoui vers 950. D’après Françoise Dumas, les deniers de Melle se chargeraient vers 955 – 990 de croisettes et de besants .Ce type monétaire sera immobilisé et toujours employé au XII ème siècle.


N° 31    Denier– métal argent – poids 1,45g  – diam 22mm

039_Coll___ville_Melle_n_31avers040_Coll___ville_Melle_n_31revers

A / + OCOARLVS REX
      Légende rétrograde
      Croix grecque dans un grènetis
R /  MET  ALO
      Légende bilinéaire, une croisette sur la lettre E et sous la lettre L

Références          POEY D’AVANT n° 13 planche LIII
                        DUMAS F n° 8414- 8420


N° 33        Denier– métal argent – poids– diam 20mm

041Coll___ville_Melle_n__33_avers042_Coll___ville_Melle_n_33_revers

A / + CARLVS REX  R
      Légende rétrograde
      Croix grecque ,une branche non axée
R /  MET  ALO
      Légende bilinéaire, un annelet entre les lettres A et L


N°  34        Denier– métal argent – poids– diam 21mm

043_Coll___ville_Melle_n__34_avers044_Coll___ville_Melle_n__34_revers

A / + CARLVS REX  R
      Lettre S  rétrograde
      Croix grecque
R /  MET  ALO
      Légende bilinéaire, point central 

Références    LECOINTRE DUPONT n° 6 pl II


N° 36        Obole– métal argent – poids– diam 16mm

045_Coll___ville_Melle_n_36_avers046_Coll___ville_Melle_n_36_revers

A / + C°A°RLVS REX  P
      Annelet entre les lettres Cet A et A et R
      Croix grecque, à branches pattées
R /  MET  ALO
      Légende bilinéaire, point central, croisette sous la lettre L   

Références        LECOINTRE DUPONT n° 7 pl II


N° 45        Obole– métal argent – poids– diam 17mm

047_Colle__ville_Melle_n__45_avers048_Coll___ville_Melle_n_45_revers

A / + CARLVS REX  R
      Croix grecque, à branches pattées
R /  MET  ALO
      Légende bilinéaire, croisette sous la lettre L   

Références    BELAUBRE n° 795


N° 58        Obole– métal argent – poids– diam 17mm

049_Coll___ville_Melle_n__58_avers050_Coll___ville_Melle_n__58_revers

A /  CA+R  LAS
      Légende bilinéaire, croisette ente les lettres A et R
R /  +METVLO
      Croix grecque à branches pattées

Références        POEY D’AVANT n° 18 pl LIII



Collection de monnaies appartenant à la ville de Melle
Etude et documentation Jean-Paul Bailleul
du musée des mines de Melle

 

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Pépin II d'Aquitaine (monnaies collection ville de Melle)

Principales monnaies émises aux types mellois
sous PEPIN II d’Aquitaine (839–852)


  Pépin II d’Aquitaine (823–865) est le fils aîné de Pépin I et le petit fils de Louis I le pieux. Il succède à son père Pépin I mort le 13 décembre 838 en s’emparant illégalement du trône et en prenant Toulouse en 843. Charles II le chauve essaye de l’en déloger mais est obligé de reconnaître sa souveraineté sur l’Aquitaine en échange du serment de vassalité, en revanche Pépin perd le comté de Poitiers. Les années suivantes ne sont qu’une suite ininterrompue de  guerres et de trahisons. Toulouse et Poitiers sont pillées par les Normands. En 852 Pépin est livré à Charles le chauve qui le fait enfermer à St Médard de Soissons. Il s’en échappe et se révolte à nouveau contre son oncle. Les dix dernières années de sa vie, Pépin essaye vainement de reprendre possession de son royaume et meurt captif à Senlis en 865.

D’après Simon Coupland, ces monnaies de Pépin II pour Melle furent frappées sur une courte période entre 845 et 848 : The coinage of Pippin I and II of  Aquitaine (RN 1989 p 194 – 222).

N° 6A        Obole – métal argent – poids 0,69g diam 17mm

035_Coll___ville__Melle_n_6_A_avers036_Coll___ville__Melle_n_6_A_revers
 
A /  Grand monogramme de PEPIN (PIPINSR)
R /  + METVLLO
        Croix grecque dans un grènetis

Références     PROU n° 691


N° 7        Denier – métal argent – poids 1,79g – diam 21mm

031_Coll___ville_Melle_n__7_avers032_Coll___ville_Melle_n__7_revers

A /+  PIPINVS REX EQ
     Croix grecque dans un grènetis
R /+  METVLLO
     Monogramme de Pépin

Références      PROU n° 689
                    GRIERSON-BLACKBURN n° 814
                    DEPEYROT n° 615


N° 8        Obole– métal argent – poids 0,84g  – diam 18mm

037_Coll___ville__Melle_n_8_avers038_Coll___ville__Melle_n_8_revers

A /+  PIPINVS REX EQ
     Croix grecque dans un grènetis
R /+  METVLLO
     Monogramme de Pépin

Références    DEPEYROT n° 617


N° 9        Denier – métal argent – poids 1,59g – diam 21mm

033_Coll___ville__Melle_n_9_avers034_Coll___ville__Melle_n_9_revers

A /+  PIPINVS REX EQ
     Croix grecque dans un grènetis
R /+  METVLLO
     Monogramme de Pépin

Références          PROU n° 690
                        GRIERSON-BLACKBURN n° 814


Collection de monnaies appartenant à la ville de Melle
Etude et documentation Jean-Paul Bailleul
du musée des mines de Melle

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Charles le Chauve (monnaies collection ville de Melle)

principales monnaies émises aux types mellois
sous CHARLES II le chauve (840 – 877)

 

  Charles est né à Francfort sur le Main le 13 juin 823 et est le plus jeune fils de Louis le pieux. La préférence que lui accorda son père sur ses aînés aboutit à de nombreux conflits. Il s’allia à son frère Louis le Germanique pour combattre leur frère aîné Lothaire. Ce dernier fut défait le 25 juin 841 à côté d’Auxerre. En 843, par le traité de Verdun, Lothaire Charles et Louis se partagèrent l’empire. Tous les pays situés à l’ouest de l’Escaut, de la Meuse, de la Saône et du Rhône revinrent à Charles. En 875 il se rendit en Italie où il se fit couronner empereur par le pape Jean VIII . Après la mort de son frère Louis le Germanique survenue le 28 juillet 876, Charles annexa ses territoires. Les neveux de Louis se révoltèrent contre l’autorité impériale et le 8 octobre 876 Charles fut battu à Andernach. Cette défaite le força à reconnaître l’autorité et l’hérédité comtale. Il mourut à Avrieux en Savoie le 6 octobre 877.


N°10    Denier – métal argent – poids 1,50g diam 22mm

019Coll___ville__Melle_n10_avers020_Coll___ville__Melle_n_10__revers

A / + CARLVS REX FR
      Croix grecque dans un grènetis
R /  META  LLVM
       Légende bilinéaire

Références      PROU n° 726
                    GARIEL n° 60 pl  XXIII
                    DEPEYROT n° 621


N°12        Denier – métal argent – poids  - diam 21mm

021_Coll___ville_Melle_n__12_avers022_Coll___ville_Melle_n__12_revers

A / + CARLVS REX FR
      Croix grecque dans un grènetis
R /  + METVLLO
        Monogramme de Charles avec la lettre K

Références      PROU n° 692
                    GRIERSON-BLACKBURN n° 923


N°14        Obole – métal argent – poids 0,85g diam 17mm

023_Coll___ville_Melle_n_14_avers024__Coll___ville_Melle_n__14_revers

A / Grand monogramme de Charles avec la lettre K
R /  + METVLLO
        Croix grecque dans un grènetis

Références      PROU n° 703
                    GRIERSON-BLACKBURN n° 934


N°20            Denier – métal argent – poids 1,48g diam 21mm

025_coll___ville_Melle_n__20_avers026_Coll___ville_Melle_n__20_revers

A / + CARLVS REX FR
       Croix grecque dans un grènetis
R /  + METXVLLO
        Croisette entre les lettres T et V   
        Monogramme de Charles avec la lettre K

Références      PROU n° 699
                    GRIERSON-BLACKBURN n° 935
                    DEPEYROT n° 627


N°23         Obole – métal argent – poids 0,79g diam 18mm

029_coll___ville_Melle_n__23_avers030_Coll___ville_Melle_n__23_revers

A /  Grand monogramme de Charles avec la lettre K
       Croisette entre les lettres K et L
R /  + METVLLO
        Croix grecque dans un grènetis

Références          PROU n° 706
                        GRIERSON-BLACKBURN n° 963


N°59        Denier – métal argent – poids 1,76g diam 22mm

027__Coll___ville_Melle_n__59_avers028__Coll___ville_Melle_n__59_revers

A / + CARLVS REX FR
       Croix grecque dans un grènetis
R /  + METXVLLO
        Croisette entre les lettres T et V   
        Monogramme de Charles avec la lettre K

Références          PROU n° 699
                        GRIERSON-BLACKBURN n° 948
                        DEPEYROT n° 627



Collection de monnaies appartenant à la ville de Melle
Etude et documentation Jean-Paul Bailleul
du musée des mines de Melle


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Louis le Pieux (monnaies collection ville de Melle)

Principales monnaies émises aux types mellois
sous LOUIS I le Pieux (814 – 840)


  Louis, qui était roi d’Aquitaine depuis 781, devint empereur sans problème à la mort de son père en 814, étant le seul fils légitime survivant . Dans la première partie de son règne, jusqu’à l’année 829, il continua l’œuvre de son père et son monnayage. La naissance de Charles d’un second mariage avec Judith de Bavière va amener ses autres fils, Lothaire, Pépin et Louis à se révolter contre lui. Il fut détrôné deux fois et le royaume restera divisé jusqu’à sa mort en 840 .


N° 2A        Denier – métal argent – poids 1,72g – diam 20mm

007_Coll___ville_Melle_n_2_A_avers008_Coll___ville_Melle_n_2_A_revers

A / HLVDOVVICVS IMP AVC
     Buste de l’empereur lauré à droite
R / + METALLVM
      Au centre outils du monnayeur (deux coins et deux marteaux)

Références      PROU n° 712
                    GRIERSON –BLACKBURN n° 758
                    DEPEYROT n° 607 (classe 1 814 – 819)


N° 2        Obole – métal argent – poids 0,88g – diam 17mm

009_Coll___ville_Melle_n_2_avers010_Coll___ville_Melle_n_2_revers

A / LVDO  VVIC
      Légende bilinéaire
R / + METALLVM
      Croix grecque dans un grènetis

Références      PROU n° 709
                    GRIERSON –BLACKBURN n° 777
                    DEPEYROT n° 613 (classe 2 Aquitaine 819– 822)
                    BELAUBRE n° 52


N° 3A        Denier– métal argent – poids– diam 20mm

011Coll___ville_Melle_n_3_A__avers012_Coll___ville_Melle_n_3_A_revers

A / + HLVDOVVICVS IMP
      Croix grecque dans un grènetis
R / + METALLVM
      Croix grecque dans un grènetis

Références     GRIERSON –BLACKBURN n° 762
                    DEPEYROT n° 611 (classe 2 Aquitaine 819– 822)
                    GARIEL n° 70 planche XVI


N° 3            Obole– métal argent – poids– diam 15mm

013_Coll___ville_Melle_n_3_avers014_Coll___ville_Melle_n_3_revers

A / + HLVDOVVICVS
      Croix grecque dans un grènetis
R / + METALLVM
      Croix grecque dans un grènetis

Références          PROU n° 722
                        DEPEYROT n° 612 (classe 2 Aquitaine 819– 822)


N° 4        Obole– métal argent – poids 0,82g– diam 15mm

015_Coll___ville_Melle_n__4_avers016_Coll___ville_Melle_n__4_revers

A / + HLVDOVVICVS
      Lettre C carrée
      Croix grecque dans un grènetis
R / + METALLVM
      Croix grecque dans un grènetis

Références    PROU n° 723


N° 5        Denier– métal argent – poids 1,69g– diam 20mm

017_Coll___ville_Melle_n_5_avers018_Coll___ville_Melle_n__5_revers

A / + HLVDOVVICVS IMP
      Lettre C carrée
      Croix grecque dans un grènetis
R / + META  LLVM
      Légende bilinéaire

Références          PROU n° 720
                        GRIERSON-BLACKBURN n° 774
                        BELAUBRE n° 46 – 47 
                        DEPEYROT n° 609 (classe 2 Aquitaine  819 - 822)



Collection de monnaies appartenant à la ville de Melle
Etude et documentation Jean-Paul Bailleul
du musée des mines de Melle


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Antiquité, Mérovingiens (monnaies collection ville de Melle)

REPUBLIQUE ROMAINE


N°1A    Denier – métal argent – poids 3,40 g       Famille CARISIA

001_Coll___ville_Melle_n___1A_avers002_Coll___ville_Melle_n___1A_revers

A / Buste de JUNON
      En légende MONETA
R / T CARISIVS
     Outil du monnayeur

Références :     BABELON


EPOQUE MEROVINGIENNE 
monnaies probablement émises en pays mellois (Brioux-Melle)

 

N° 1 :  Denier – métal argent – poids 1,06g

003Coll___ville_Melle_n__1_avers004_Coll___ville_Melle_n__1_revers

A / Tête à gauche devant une étoile
R / Croix fourchue

Références     PROU n° 2298 (atelier de BRIOUX)


N°62    Denier – métal argent – poids 0,86g – diam 11,5mm

005Coll___ville_Melle_n__62_avers006_Coll___ville_Melle_n__62_revers

A / Tête à droite
       …OCO
      Légende corrompue
R / Légende corrompue
      Dans le champ lettre E croisetée  +E

Références     PROU n° 803
                   BELFORT n° 3462


Collection de monnaies appartenant à la ville de Melle
Etude et documentation Jean-Paul Bailleul
du musée des mines de Melle

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12 août 2007

1731 : prise de possession du prieuré de Mougon

situer_Mougon_agrandi

 Niort, 17 septembre 1731

Prise de possession du Prieuré de Saint-Jean-Baptiste de Mougon
  par Frédéric-Constantin de la Tour d'Auvergne





Contenu

  17 septembre 1731 : le prêtre niortais Jean Cruvellier, procureur du nouveau prieur Frédéric-Constantin de la Tour d'Auvergne, vient prendre en son nom possession du prieuré Saint Jean Baptiste de Mougon. Les notaires royaux et apostoliques vérifient minutieusement l'authenticité des papiers, puis Jean Cruvellier exécute les actes rituels qui symbolisent la prise de possession de la fonction : aspersion d'eau bénite, génuflexion devant l'autel, lecture dans le livre de prières, baiser à l'autel, utilisation de la chaire priorale, sonnerie de cloche. Ensuite il va briser quelques branches dans le jardin pour signifier la prise de possession sur le temporel. La cérémonie se termine par une lecture publique de l'acte de prise de possession, afin de vérifier s'il n'y a pas d'opposition. Le document est signé par le curé, le vicaire, le fermier général  du prieuré et plusieurs témoins.

Les silences du texte

  Frédéric-Constantin de la Tour d'Auvergne ne s'est pas dérangé. Il est prêtre du diocèse de Paris, mais il est surtout membre d'une famille de la haute noblesse, frère de l'archevêque de Vienne abbé de Cluny.

Aucune allusion à la situation antérieure. Dans les papiers conservés des deux siècles antérieurs il n'était jamais question de l'abbé de Cluny. Le prieur en titre résignait en faveur du successeur qu'il s'était choisi, cette résignation recevait l'accord des services pontificaux et le visa de l'évêque de Poitiers. Et voici que l'abbé de Cluny ressurgit et attribue le prieuré à son propre frère. C'est probablement la conséquence de l'affaire Vigo-Particelle : depuis dix ans deux candidats de petite extraction et aux droits discutables se disputaient le prieuré. Ils ont perdu tous les deux.

Les personnages

Pourquoi Frédéric de la Tour d'Auvergne a-t-il choisi le prêtre niortais Jean Cruvellier  comme procureur ? Question sans réponse.

  Le fermier général Jean-Baptiste Monnet assiste à la cérémonie. Depuis quand est-il fermier du prieuré, et par qui a-t-il été nommé ? Probablement par Vigo, quatre ans plus tôt.

  Sont présents le curé de Mougon Lafitte et le vicaire Louis Hubert. Louis Hubert est-il vicaire du curé ou du prieur ? Probablement du prieur.

Le rituel de prise de possession

  Un acte concernant le prieuré de St Génard décrit un rituel de prise de possession assez différent, un siècle auparavant : le procureur se contente de toucher les montants des portes et les serrures. Seul point commun, la sonnerie de cloche. Cette sonnerie est certes un symbole de pouvoir, elle sert aussi à appeler la population qui doit entendre lecture de l'acte et pouvoir porter témoignage.




  Aujourd'huy dix-septiesme jour de septembre mil sept cent trente-un, avant midy, pardevant nous notaires royaux et apostoliques au diocèze de Poitiers, soubsignés, résidant à Niort, et requérant Mre Jean Cruvellier, prestre, chantre de l'églize parroissialle de Nostre-Dame dudit Niort, y demeurant, en nom et comme fondé de procuration en datte du sept de ce mois, receue par Mes Jude et Bulion, conseillers du roy, notaires au Chastelet, dhûment scellée et certifiée véritable par ledit sieur Cruvellier et paraphée ne varietur de nous dits notaires, laquelle est demeurée annexée à ces présentes pour y avoir recours, quand besoing sera, de très hault et très puissant prince, Monsieur Frédéric-Constantin de la Tour d'Auvergne, prestre du diocèze de Paris, y demeurant dans son hostel, rue de Bourbon, parroisse de Saint-Sulpice, ycelluy seigneur prince Frédéric-Constantin de la Tour d'Auvergne pourvu du prieuré de Saint-Jean-Baptiste de Mougon, ordre de Cluny, audit diocèze de Poitiers, par lettre de provision à luy accordée et conférée par Monseigneur l'archevesque de Vienne, son frère, abbé général de Cluny, estant électeur, en datte du premier de ce mois :

  Signé : l'arch. Viennensis, abbas glis Cluniacensis, et plus bas : denanduuta reverendissime et serrenissime principis Gaultron hoc relationi. Au pied desquelles lettres est aussy le certifficat de Monsr le Conseiller de la Chambre des Comptes de l'évesché de Strasbourg et proche de la ville de Saverne, pour lequel Il atteste que le papier timbré et le controlle ne sont point en uzage en la province d'Alzasse. Signé : S. Chilinge. Le tout dheument scellé.

  Nous sommes avecq luy transporté dans l'églize parroissiale dudit prieuré de St-Jean-Baptiste de Mougon, susdit diocèze de Poitiers, où estant a dit et desclaré qu'en vertu des dites lettres de présentation, il prenoit et comme de fait il a pris et apréhandé pour et au nom dudit seigneur prince Frédéric-Constantin de la Tour d'Auvergne, prestre, possession réelle, corporelle et actuelle du dit prieuré de Saint-Jean-Baptiste de Mougon, avecq tous et chascuns ses fruits, droits, proffits, revenus et émolluments et despandance, sans en faire aucune réserve, par la libre entrée qu'il a faite dans ladite églize, aspersion d'eau bénite, génufliction devant le grand autel, lecture et prières faittes dans le livre in-fol. trouvé sur icelluy ; baizer dudit autel, préséance dans la place prioralle, son de clauche (sic) et faisant cérémonye en pareil cas requis. Et de ladite esglise sommes entré et allez dans la maison et logis prioralle et dans les jardin et despendances où ledit sieur Cruvellier, au dit nom, a fait rupture de quelques branches d'arbres, le tout en signe de vraye prise de possession du dit prieuré, avecq tous ses dits fruits, droit, profit et revenus.

  De laquelle prise de possession le dit sieur Cruvellier audit nom a requis acte à nous dits notaires, que nous luy avons octroyez pour valloir et servir en temps et lieu ce que de raison, de ce qui il a esté par nous dits notaires desclaré à haulte et intelligible voye que le dit sieur Cruvellier pour mon dit sieur le prince Frédéric-Constantin de la Tour d'Auvergne, prestre, qu'ainsy prenoit ladite prise de possession, qu'il y estoit admis et introduit et de ce que à icelle il ne s'est trouvez aucun oppozant ny contre-disant. Fait et passé sur les dits lieux les jour et an que dessus.

  Et à l'instant nous sommes transportés au-devant de la principale porte et entrée de ladite églize où avons donné à haute et intelligible voye lecture des présentes, à ce que personnes n'en ignorent.
Lu en présence de Mre Jean-Anthoine-Alexandre Delafitte, prêtre et curé dudit Mougon, Mre Louis Hubert, prêtre, vicaire dudit Mougon, Mre George de Conty, escuyer, sieur de la Poitevinière, Me Claude Allain, et Jean-Baptiste Monnet, fermier dudit prieuré, et Pierre Barillet, marchand, tous demeurant audit Mougon.

  Et a esté présentement remis audit Cruvellier audit nom lesdites lettres de provision et adverty que icelle ainsy que les présantes sont subjettes aux obligations esclésiastiques audit Poitiers

  et soubsignez : Cruvellier, chantre de N.-D., De Lafitte, Louis Hubert, G. de Conty, Claude Allain, Monnet, P. Barillet, A. Lafiton, Baudin, nore royal apostolique.

Contrôlé à Niort, le dix-sept septembre mil sept cent trente-un. Reçu six livres. Signé : Dhuy.


  Document conservé aux archives départementales des Deux-Sèvres.

Texte publié dans le BSHS 2S, 1922, pp 129-131, communication Alphonse Farault.
Cette lecture comprend manifestement des inexactitudes, en particulier sur les formules latines.
Reste à vérifier l'original. FV

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1787 : le dernier bail du prieuré de Mougon

situer_Mougon_agrandi
  Deux ans avant l'effondrement du système et la disparition des prieurés, voici le dernier bail de ferme générale, signé à Niort le 29 novembre 1787 entre "Messire Louis Mathias de Barral, prieur commendataire du prieuré simple et régulier de St Jean Baptiste de Mougon", et "le sieur Jean-Pierre Savin, demeurant ordinairement au bourg de Mougon".

  Le bail, conclu pour une durée de neuf ans à partir de Notre-Dame de mars 1788, aurait donc dû logiquement se terminer vers le 16 ou 17 ventôse an IV. A cette date les biens du ci-devant prieuré du ci-devant Saint Jean auront été deux fois adjugés et vendus, d'abord au citoyen JB Monnet-Lorbeau pour 160.000 livres, puis au citoyen C Auditeau pour 90.000 livres.


le prieur et son fermier

  Il s'agit manifestement d'un premier bail, et non d'une reconduction, sinon Savin aurait déjà en sa possession les papiers du prieuré. Le fermier est donc nouveau. A qui succède-t-il ? Probablement au sieur JB Monnet de l'Orbeau, dont la famille eut la ferme générale du prieuré pendant la plus grande partie du XVIIIème siècle. Et pourquoi y a-t-il changement de fermier ? Bonne question …
  Depuis quand Louis-Mathias de Barral est-il prieur de Mougon ? Autre bonne question.

le temporel et son loyer

  Hélas pour nous, le temporel du prieuré n'est pas détaillé, parce que Savin le connaît bien.

Le loyer de 8.173 livres sera expédié à Paris en deux versements annuels, en septembre et en  décembre. Le fermier a en outre à sa charge les décimes et tous les autres frais. Malgré tout Barral se plaint de consentir ce bail "à si vil prix".
  Dans une note marginale rajoutée entre 1789 et 1792, Savin affirme faire un versement  supplémentaire de 1.800 livres chaque année en mars, et avoir payé un pot-de-vin de 4.800 livres à la signature du bail. Ce qui porte le loyer annuel à plus de 10.500 livres net.  Soixante-dix ans plus tôt le prieur Urbain Particelle ne touchait qu'un loyer de 3.500 livres, grevé de 1.000 livres de décimes. Effet de l'inflation ?

Que sont-ils devenus ?

  L'abbé Louis-Mathias de Barral, après la tourmente révolutionnaire, devint archevêque concordataire de Tours. Largement compromis dans la politique religieuse du premier empire, il fut écarté à la restauration comme trop bonapartiste et gallican.

  Le citoyen JB Monnet-Lorbeau, ancien fermier général, acheta en 1791 les biens du prieuré, puis les rendit, les conditions juridiques ayant évolué. Un de ses fils s'engagea dans l'armée de la république (bataillon "le Vengeur"), devint général d'empire, et chevalier de Saint-Louis à la restauration. Le général Louis-Claude Monnet de Lorbeau mourut en 1819 au château de Boirac.

  Le citoyen Melaine Dillon, ci-devant curé de Mougon depuis 1786, se défroqua en nivôse an II, voulut s'engager dans l'armée de la république, y échoua, fut employé de mairie à St-Maixent, puis se rétracta en l'an IV et vint exercer clandestinement à Etusson. Il en devint curé concordataire.

  Le citoyen Jean-Pierre Savin devint juge de paix du canton de Celles. En l'an V il se porta acquéreur de l'église de Mougon, qu'il fit démolir.

"Une vieille coutume locale, depuis longtemps disparue, voulait que l'on fixât aux portes des habitations, le jour de la Saint-Jean, une croix faite de feuilles de noyer. Si elle était encore en place, le soir venu, c'était un heureux présage pour toute la maisonnée." (Maurice Poignat)



(note marginale d'époque révolutionnaire)

  Le sieur Savin f[ermi]er, dénommé au présent acte, a déclaré qu'outre les prix, charges, clauses et conditions portées audit présent bail, il paye par année une somme de dix huit cent livres portée par une contre-lettre sous seing chaque fête de Notre Dame de mars, et que d'ailleurs il a payé à Monsieur Barral prieur une somme de quatre milles huit cent livres de pot-de-vin et dont il a la quittance. Il a affirmé le tout sincère et véritable, sans autre contre-lettre ni plus fort pot-de-vin, et s'est réservé à demander l'indemnité qui lui revient à cause des droits supprimés et abolis sans indemnité compris au présent bail, le tout suivant qu'il appert par le registre des affirmations des beaux de domaines nationneaux.
   Riche



29 9bre 1787

  Par devant les notaires royeaux à Niort sous signé furent présents :

- Messire Louis Mathias de Barral, prieur commendataire du prieuré simple et régulier de St Jean Baptiste de Mougon, diocèse de Poitiers, demeurant ordinairement à Paris, rüe de Seine, hôtel de Mirabeau, paroisse de St Sulpice, de présent en cette ville de Niort dans l'hôtel de Mr le vicomte de Rault, Rue Basse, paroisse de St André

- Sieur Jean Pierre Savin, md demoiselle Jeanne Quillet, son épouse, de luy düement auctorisée à l'effet des présentes, demeurants ordinairement au bourg et paroisse de Mougon, étant de présent en cette dite ville, Rue Ste Marthe, paroisse de Notre Dame.


  Lequel dit Messire de Barral, en sa dite qualité de prieur de Mougon, a par ces présentes fait bail et donné à ferme, audit Savin et son épouse, ce acceptant, avec promesse de les faire joüir pendant l'espace de neuf années entières et consécutives, qui commenceront à la Notre Dame de mars de l'année prochaine mil sept cent quatre ving huit,

  le château prieural du dit Mougon, maisons, clôtures, bois, terres, prés, métairie, moulins, fours baneaux, domaines, cens, rentes, dixmes, terrages, complants, droits, revenus de fief, ventes, honneurs, amandes coutumières et autres émoluments du fief, et générallement tout ce qui compose le revenu temporel du dit prieuré de Mougon, sans aucunes exceptions ni réserves ;

  de tous lesquels lieux et biens affermés il n'a été fait aucune désignations plus spéciale à la réquisition des preneurs, qui ont déclarés et déclarent  avoir parfaite connoissance par le détail, pour avoir demeurants depuis nombre d'années au dit Mougon, pour quoy les sus dits preneurs se sont déclaré contents et satisfaits de la désignation générale qui en est cy dessus faite,

pour joüir par lesdits preneurs des objets compris au présent bail audit titre pendant les neuf années.


  Ce bail est fait pour et moyennant le prix et somme de huit milles cent soixante et treize livres, que le sieur Savin et son épouse, solidairement l'un pour l'autre et un seul pour le tout, renonçant à cet effet au bénéfice de division ordre de droit de discution et éviction de bien, que nous notaires leur avons expliqué être tels que de deux ou plusieurs obligés ensemble pour même chose, un seul ne peut être contraint pour le tout sans les dites renonciations, ce qu'ils ont déclaré bien entendre et sçavoir, promettent et s'obligent de payer à mon dit Sieur abbé de Barral, prieur de Mougon, en son dit hôtel rue de Seine hôtel de Mirabeau, ou à tout autre domicille qu'il luy plaira choisir dans la dite ville de Paris en le faisant préalablement notifier au dits preneurs,

  en deux termes et payements égaux de quatre mille quatre ving six livres dix sols chacun, dont le premier échéra et se fera à la St Michel vingt neuf septembre mil sept cent quatre ving huit, le segond au jour et fête de nöel suivant, ainsi continuer d'année en année et de terme en terme jusqu'à la fin du présent bail, qui est fait en outre aux charges et conditions suivantes :

- De garder et tenir les lieux présentement loués garnis de meubles et effets suffisants pour répondre du prix du présent  bail à ferme et de ses charges.

- d'entretenir les couverts des bâtiments de la main de l'ouvrier seulement.

- d'entretenir aussi les bâtiments de réparations locatives jusqu'à la concurrance de ving livres par an, et d'ans le cas où il conviendroit d'en faire de plus considérables les dits preneurs ne pourront les faire que du consentement exprès et par écrit du dit sieur bailleur.

- laisseront les dits preneurs à la fin du présent bail les bâtiments et dépendances du dit prieuré au même état qu'ils leurs auront été livrés et suivant la visite qui en sera faite à l'amiable.

- Les dits preneurs feront la coupe des bois taillis en commançant par les plus anciens qui auront atteints l'âge de sept ans, et en saison convenable, laissant le nombre des baliveaux nécessaire, sans pouvoir faire couper aucun arbre par pied, sinon les bois morts, à condition toute fois que par chaque arbre arbre mort qu'ils couperont ils seront tenus d'en planter deux vif à la place.

- ne pourront les dits preneurs céder ny transporter le présent bail en tout ny en partie sans le consentement exprès et par écrit du dit sieur bailleur.

- Ils feront exercer la justice du dit prieuré et châtellenie de Mougon à lau […] et au nom du dit sieur prieur

- ils poursuivront aussi […] civil où il auroit intérest, également […] 

- à l'égard des procès criminels les dits preneurs seront également tenus d'en faire la poursuite dans la juridiction du dit Mougon, et d'en avancer les frais, qui leur seront remboursé sur le domaine de sa majesté aux termes de l'édit du mois de février mil sept cent soixante et onze,

- et, dans le cas où par négligence ou autrement ils seroient prévenus par les juges royaux, les frais seront à la charge des dits preneurs sans aucune répétition contre ledit sieur  prieur, qui dans aucun cas ne pourra être tenu des frais qui pourront être faits dans la justice du dit prieuré pour les affaires criminelles.

- Seront tenus les dits preneurs de nourir les officiers de la dite justice lorsqu'ils iront en faire les fonctions ou qu'ils travailleront pour le bien du dit prieur

- de plus ils s'obligent de payer et acquiter annuellement, aux époques accoutumées, à la décharge du dit sieur prieur et sans aucune diminution du prix du présent bail, les charges et obligations suivantes sçavoir :

* 1° à l'hôpital général de cette ville de Niort la quantité de deux cent boisseaux de bled mesure rase du dit Niort dont un tiers froment et les deux tiers baillarge

* 2° la redevance de soixante boisseaux de bled même mesure un tiers froment et les deux tiers baillarge due par le dit sieur prieur au curé de Mougon

* troisièmement la redevance de cent […] livres en argent due également au dit sieur curé de Mougon par le dit sieur prieur

* quatrièmement de payer annuellement et aux époques fixées pour les décimes dans le diocèse la somme de dix neuf cent livres pour l'acquit des décimes dües par le dit sieur bailleur à raison de son prieuré de Mougon

* et de l'acquit de toutes ses charges et redevances cy dessus mentionnées

- les dits preneurs s'obligent aussi de raporter annuellement au dit sieur prieur les quittances et pièces justificatives à peine de répondre des dommages intérest qui seroient occasionnés par aucun délais, de les acquiter aux échéances accoutumées le tout comme il a été dit sans aucune déduction du prix du dit présent bail.

- et si les dites charges et redevances se trouvoient par erreur plus ou moins considérables en réalité qu'elles ne sont portées par le présent bail, ou si par quelque événement imprévu elles venoient à augmenter ou diminuer, les dits preneurs s'engagent également à les acquiter à la décharge du dit sieur prieur, lequel de son côté s'oblige à leur tenir compte de l'excédant ou de la diminution du prix des susdites charges et redevances, que les dits preneurs ne s'obligent à acquiter à leurs frais qu'à la concurrance  les quotités et sommes énoncées cy dessus dans le présent.

- convenu en outre que les dits preneurs acquiteront pendant la durée du dit bail les autres charges et  redevances, si aucunes il y a, à la décharge du dit sieur prieur, lequel de son côté s'engage à leur en tenir compte sur le prix du bail, en raportant par eux les quittances et pièces justificatives des dites autres charges et redevances.

- ne pourront lesdits preneurs prétendre aucune diminution du prix du présent bail sous quelque prétexte que ce soit, même de grêle, de stérilité et autres cas imprévus, laquelle clause ne pourra être réputée comminatoire, mais sera exécutée comme faisant partie essentielle du présent bail, sans laquelle il n'eût pas été consenti par le dit sieur prieur à si vil prix

- les dits preneurs seront également tenus de planter des arbres fruitiers, comme noyers et autres, autour des prés et fontaines du prieuré, dans les endroits où il en manquera, et de planter aussi les arbres qu'il conviendra dans le dit clos.

- sont aussi compris au présent bail tous droits de retraits à retenues féodales, pour par les dits preneurs les faire valoir et exercer à leur risque périls et fortunes, sans aucune répétition contre le dit sieur prieur, à quelque titre que ce puisse être.

- Sera loisible aux dits preneurs de conserver les deux garde qui ont été précédemment établis pour garder les terres et dépendances du dit prieuré sous le nom du prieur, à la charge par eux de les payer des gages dont ils auront pu convenir, sans que la présante permission puisse tirer à conséquence contre le dit sieur prieur, ni que cela puisse l'obliger à soutenir l'établissement des dits gardes, auxquels les dits preneurs fourniront à leur frais à l'ordinaire, si bon leur semble, les bandoulières nécessaires.

- S'oblige le dit sieur prieur de remettre ou faire remettre aux preneurs, dans le délais de six mois tous les titres et papiers concernant les droits et revenus du dit prieuré, dont ils luy fourniront leur reconnoissance afin de pouvoir exiger d'eux la remise desdits titres et papiers à la fin du présent bail.

- Les preneurs s'obligent de faire enregistrer ces présentes dans un mois au plus tard au bureau des gens de mainmorte, et d'en fournir une grosse en parchemin au dit sieur prieur dans le même délais, et de luy remettre à la fin du présent bail un état de tous les biens fonds, terre et héritage dudit prieuré, par plan figuré, tenant et aboutissant, d'eux certifié véritable, le tout aux frais des preneurs.


  A l'instant ont également comparu en personne devant nous dits notaires Monsieur Loüis Jacques Bernier […] apque consulaire de cette ville de Niort, et demoiselle Marie Ursulle Perraine, son épouse, aussi de luy düement auctorisée à cet effet, demeurant en cette dite ville, rue de la Juverie, paroisse St André,

  lesquels après que lecture leur a été par nous donnée du présent bail et qu'ils en ont pris connoissance eux même, ils ont déclarés le bien entendre en tout son contenu,

  en conséquence se sont volontairement rendus et soumis cautions et répondant pour ledit sieur Savin et son épouse de l'exécution du présent bail envers ledit sieur prieur de Mougon, se faisant ont promis et se sont obligés, conjointement et solidairement avec iceluy dit sieur Savin et son épouse, sous les renonciations de droit cy dessus établies, que le dit Bernier sçait, et que nous avons expliqués et donnés à entendre à la dite demoiselle son épouse, au payement du prix du présent bail dans les termes y portés, et à l'entière exécution de toutes les autres charges, clauses et conditions d'iceluy, générallement et sans restriction, à peine de tous dépens dommages et intérest.


  Tout ce que dessus a été ainsi voulu, stipulé et accepté par les parties, qui à l'entière exécution ont obligés et hyppotéqués, sçavoir les dits preneurs et cautions touts leurs biens meubles et immeubles présent et avenir, même les dits sieur Savin et Bernier leur personne à tenir prison close attendu qu'il s'agit de fermage, et le sieur prieur touts les revenus temporels de son prieuré de Mougon,  dont ce requérant jugées et condamnées par nous dits notaires.

  Fait et passé au dit Niort, au domicille de mon dit sieur vicomte Rault, après midi le ving neuf septembre mil sept cent quatre ving sept.

  Lu aux dites parties qui ont signé : ainsi signé à la minute l'abbé de Barral prieur de Mougon,  J. Savin, Jne Quillet, Marie Ursulle Perraine, Bernier, Piet, Rochetand et Baudin.

  Controllé à Niort le 14 Xbre 1787. Recües sept livres scél et signature

   Signé Faure Baudin   

document conservé aux archives départementales des Deux-Sèvres

photo Anne Brun - Lecture François Vareille

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11 août 2007

1721 : l'affaire Vigo - Particelle, ou comment s'emparer d'un prieuré

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Les archives départementales des Deux-Sèvres conservent un dossier de plusieurs dizaines de pages imprimées à Paris entre 1726 et 1728. Il nous serait difficile de récupérer et de mettre en ligne une telle quantité de texte. En voici une analyse.


Une chronologie des événements :

chronologie_affaire_Vigo_Particelle


factum_1726


  En juillet 1721 Urbain Particelle, ancien prieur de Mougon, se meurt à Lyon. Au même moment le prêtre Abraham-Marie de Vigo, vicaire de l'église St-Paul de Lyon, "impètre en cour de Rome le prieuré de Mougon, par dévolu sur le sieur Gaultier, pour cause de simonie et confidence", c'est-à-dire qu'il réclame pour lui-même le prieuré de Mougon, au motif que le prieur en titre, Gautier, n'est pas digne de posséder ce bénéfice, parce qu'il l'a acheté à son prédécesseur.


Les textes et les faits

  On ne connaît ces événements que par des factums, c'est-à-dire des plaidoiries publiées par les avocats opposés à Vigo, lors des procès qui se sont succédé en cascade dans les années suivantes.

  Comment Vigo, depuis Lyon, a-t-il pu impétrer en cour de Rome le 2 juillet 1721, et se trouver  instantanément investi du prieuré de Mougon, à partir de ce même 2 juillet 1721 ? Il y a là des détails de procédure canonique qui m'échappent, bien qu'ils soient discutés dans un des factums.

  Cette histoire est une sorte de roman noir, sur lequel les plaidoiries des avocats ne livrent que des lueurs éparses, tendancieuses et incomplètes. Au lecteur d'en faire la synthèse.


Urbain Particelle

  On peut se représenter le sieur Urbain Particelle comme une sorte de grand bourgeois sceptique et désabusé, peut-être libertin, au sens que l'on donnait alors à ce terme.  Il descend d'une famille de banquiers italiens installés à Lyon, et anoblis. L'un de ses ancêtres (son aïeul ou bisaïeul ?), apprécié du cardinal de Richelieu, a réussi à devenir surintendant des finances en 1648-1649, c'est-à-dire ministre d'Etat, prédécesseur de Nicolas Foucquet.

  Sa famille le destinait à une carrière ecclésiastique, qui ne lui convenait pas. En 1685 il a fait dresser un acte de protestation contre sa promotion au sous-diaconat : il se plaignait d'avoir été forcé d'entrer dans les ordres par son père.

  Il n'en est pas moins resté dans le clergé, mais il n'y a pas fait carrière. Il n'est même pas devenu prêtre. Il est resté simple diacre, pourvu de bénéfices que l'on peut considérer comme des héritages familiaux : un canonicat de l'église St Paul à Lyon, le prieuré de Mougon près Niort en Poitou (Il se trouve que son oncle et homonyme Urbain Particelle, mort vers 1700, était curé de St Paul et prieur de Mougon.) Il semble avoir vécu de ses revenus à Lyon, sans activité ni ambition, n'hésitant pas à s'afficher avec sa maîtresse, la demoiselle Sauten.

particelle_mort

  Le 1° septembre 1717 il résigne ses bénéfices, en échange de pensions viagères. Pourquoi ?
Ce n'est pas pour les transmettre à un membre de sa famille. Ce n'est pas non plus pour se débarrasser du labeur induit par ses fonctions : le travail de prieur de Mougon est sous-traité à un vicaire pour 200 livres par an, alors que le prieur, sans avoir jamais mis les pieds dans son prieuré, touche un revenu de 3.500 livres versé par le fermier général. La pension viagère qui lui reste après résignation du prieuré est fixée à 1.750 livres, puis 1.200 livres : une perte énorme de revenu.

Urbain Particelle a-t-il subi des pressions de sa hiérarchie ? Ou bien y a-t-il eu, comme le prétend Vigo, une transaction occulte, une vente secrète de bénéfice ecclésiastique, permettant à Urbain Particelle de laisser un capital à sa famille, faute d'avoir un neveu apte à lui succéder ?

  Quatre ans plus tard Urbain Particelle agonise. Sa maîtresse est à Genève. C'est le moment que choisit l'archevêque pour l'interroger sur ses convictions religieuses. Pourquoi ? Parce qu'on le soupçonne d'apostasie, comme le prétendra Vigo ? Ou bien parce qu'il a vécu en libertin, affichant son indifférence religieuse ? En tout cas Urbain Particelle se plaint de ce harcèlement dans une lettre à sa maîtresse, mais signe une déclaration édifiante, et meurt dans la paix de l'église.


Abraham-Marie de Vigo

  Il est difficile de savoir si les accusations lancées par Vigo sont fondées, on ne peut guère se fier là-dessus aux plaidoiries de ses adversaires. Mais, s'il n'est peut-être pas l'escroc qu'ils décrivent, Vigo est certainement un redoutable manipulateur, ambitieux et sans scrupules.

devolu_vigo

  Il est d'extraction modeste, "fils d'un chirurgien d'un village du Forest".  Cela le condamne à végéter dans des emplois subalternes, et à ne pas avoir accès aux juteux bénéfices que se partagent les grandes familles. Il a réussi à devenir vicaire de St Paul de Lyon, mais comment aller plus loin ?

  Il connaît naturellement Urbain Particelle, ancien chanoine de St Paul, et fait peut-être partie de ses intimes, à moins que Particelle l'ait engagé pour quelque tâche de secrétariat, ce qui expliquerait qu'il ait eu accès à ses papiers avant sa mort.

  Il entrevoit là sa chance : jeter son dévolu sur le riche prieuré de Mougon. Cette procédure de dévolu est une pratique ancienne et fort encadrée par les textes, mais plutôt mal vue : en dénonçant un possesseur de bénéfice ecclésiastique, et en démontrant son incapacité canonique, on peut prendre sa place. Vigo obtient des "provisions" six jours avant la mort de Particelle. Avait-il eu le temps de préparer son coup, ou bien s'est-il jeté sur une occasion inespérée ?

  Vigo accuse donc le prieur en titre, Gautier, d'avoir acheté le prieuré de Mougon. Il ne connaît probablement pas Gautier, qui réside en Poitou et n'est venu qu'une fois à Lyon, quatre ans plus tôt. Il n'a pas accès à ses papiers. Ce qu'il entend prouver, c'est que Particelle a reçu des sommes considérables lors de sa résignation du prieuré.

  Vigo est suffisamment crédible pour que son dévolu soit admis. Les plaidoiries ne racontent pas précisément cette phase de la procédure. On voit que Vigo se considère désormais comme le prieur légitime de Mougon depuis le 2 juillet 1721, date où il obtenu des "provisions", et que les tribunaux admettent son bon droit. Cependant il n'en touche pas le revenu. La procédure se poursuit, d'abord devant le juge de la cour conservatoire des privilèges de l'université de Poitiers, puis devant la cour des requêtes du Palais, enfin le Grand-Conseil (royal ?), et devant le parlement de Paris.

  Un an plus tard, le prieur Gautier, gravement malade à Niort, résigne son bénéfice en faveur du fils d'un de ses amis, le jeune Maignen. Les plaidoiries ne disent pas s'il a pu faire valider cette résignation à Rome ou à Poitiers. Elles ne disent pas non plus où passe l'argent du prieuré. Qui est le fermier ? Continue-t-il à verser le revenu à Gautier puis à Maignen, ou le met-il sous séquestre ? Quelques allusions laissent penser que le fermier est toujours Pierre Maignen, et qu'il a reconnu Antoine Maignen.

   La procédure traîne en longueur. L'accusation de simonie se révèle fragile, difficile à étayer. En 1722 Vigo sort un autre atout de sa manche : il  prétend prouver qu'Urbain Particelle avait abjuré le catholicisme à Genève en 1700. Cependant ses preuves sont suspectes : expertises, contre-expertises. En février 1726, enfin, Vigo obtient un arrêt du Grand-Conseil en sa faveur.   Il lui faut encore récupérer les revenus du prieuré. Il réclame une somme énorme au jeune Maignen, afin de l'effrayer et de l'inciter à renoncer. Nouveau succès. En mai 1726 Vigo peut enfin toucher l'argent du prieuré. Triomphe sur toute la ligne.

  Cependant la contre-attaque s'organise. Les avocats du jeune Maignen entendent prouver que les pièces produites par Vigo ont été falsifiées, et que Vigo lui-même est un escroc. Le voilà contraint d'éluder, et de retarder par toutes sortes de procédés dilatoires la marche de la justice …


Les Poitevins : Maignen fermier, Gautier, Maignen prieur.

  Avec Gautier et le jeune Antoine Maignen, le prieuré est en quelque sorte de retour au bercail : c'est la bourgeoisie poitevine qui remet la main dessus.

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Vigo affirme d'une part que le prieur Gautier est un cousin du fermier Maignen, et qu'il lui a servi d'homme de paille pour s'emparer du prieuré, d'autre part que les Maignen fermier et prieur sont proches parents. Les avocats du prieur Maignen disent que la parenté entre le prieur Gautier et le fermier Maignen n'est pas établie, ils nient absolument toute collusion entre les deux, et ils prétendent pouvoir prouver que les deux Maignen n'ont pas de lien de parenté, sinon très lointain. Ils admettent seulement que le père d'Antoine Maignen était un ami intime du prieur Gautier.

  On peut sérieusement douter de cette présentation des choses. Selon toute apparence c'est un large clan de notables Civraisiens qui a réussi à mettre la main sur le prieuré, et entend bien le traiter désormais comme un bien familial. Le prieur Antoine Maignen est peut-être le garçon vertueux et le bon étudiant que décrivent ses avocats, il est étrange qu'un garçon de 12 ans se voie attribuer un énorme bénéfice ecclésiastique. Le rôle de son père dans toute cette histoire, naturellement essentiel, est autant que possible passé sous silence par les avocats.


Quelle est la fin de cette histoire ?

  Comment cette affaire s'est-elle conclue ?

  Le dernier factum conservé date de 1728, à un moment où la situation juridique semble plutôt favorable à Vigo, mais où les avocats de sa victime relancent la procédure avec bon espoir de démontrer qu'il n'est qu'un faussaire.

    En 1731 un rejeton de haute noblesse, Frédéric de la Tour d'Auvergne, prend possession du prieuré. Il se peut donc que les deux adversaires aient perdu la partie, comme dans la fable de l'huître et des plaideurs.


photos Anne Brun - lecture François Vareille

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