Une rente viagère sur la cure

de Saint-Génard de Nossay

Bulle du pape Alexandre VI (Rodrigo Borgia).

Texte latin publié vers 1930 par l'abbé Largeau dans son histoire de l'abbaye de Celles.

Traduction FV 2005 (sur photocopie. Je n'ai pas vu le livre.)



   Alexandre VI a déjà produit deux documents (disparus) : une lettre a entériné la résignation de l'ancien curé en faveur de son successeur. Une "lettre postérieure" a défini les modalités de la rente viagère. La bulle qui est parvenue jusqu'à nous est une lettre adressée à des responsables locaux pour qu'ils garantissent le paiement de la rente.

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nef et choeur de Saint-Génard de Nossay dans leur état actuel - photo Pascal Desbois


Le style

Un texte lourd, des phrases inutilement compliquées, des formules redondantes, une certaine confusion dans l'expression. Cette lourdeur se rencontre dans les textes de l'époque.

  Il se pourrait que ce scribe soit espagnol, comme le pape : "Guillermus" ne correspond ni à la prononciation française (Guillaume) ni à la prononciation italienne (Guglielmo), mais à la prononciation castillane (Guillermo).

  Confusion de l'expression et présence d'un hispanisme : le scribe a-t-il écrit sous la dictée du pape ou d'un de ses proches ?

Onomastique

L'ancien et le nouveau curé

"Guillermus Regis" : Regis peut être une latinisation des français Roy, Leroy, Duroy ... L'abbé Largeau a choisi "Guillaume Roy". Le connaissait-il par ailleurs ? Le génitif m'incite à choisir "Duroy".

"Dionysus Rinage" : l'abbé Largeau a hésité entre "Rinage" et "Rivage". Aucun des deux noms n'existe aujourd'hui en Poitou.

Les signataires

  Il y a au moins un nom français (et d'allure melloise : G. Béronne). Deux noms semblent italiens (F. Parma, B. Anselini), deux espagnols (A. Calder, Pennafiel). F. Ponjicius est une latinisation dont je ne vois pas le modèle.  L. Ver pourrait être la latinisation du français Printemps.
  Qui sont ces signataires : des secrétaires pontificaux ? les représentants des deux parties ? des témoins ? Peut-être tout ça.

  Denis Rinage n'a pas signé. Or le texte de la bulle suggère qu'il est présent à Rome : car il est bien spécifié que Guillaume du Roy est représenté par son procureur,  alors que l'on parle du consentement formel de Denis Rinage.

Le contexte historique

Les Borgias

  Le pape Alexandre VI est le célèbre cardinal espagnol Rodrigo Borgia, à la réputation sulfureuse. Quand il n'était encore que secrétaire pontifical il vivait publiquement à Rome avec sa maîtresse italienne. Devenu pape il a voulu placer avantageusement ses enfants et ses parents. Ce n'était pas une exception : ses prédécesseurs et son successeur ont fait de même. Toutefois le cynisme et la brutalité des Borgias ont distingué cette famille et créé une légende noire autour de leur nom, rejetant les autres dans l'oubli.

  Le fils aîné d' Alexandre VI, Jean, nommé duc de Gandie, aurait été assassiné et jeté dans le Tibre par son frère César, selon la légende noire des Borgias.
  La fille, Lucrèce, aurait couché avec ses deux frères. Elle a été mariée plusieurs fois. L'un au moins de ses maris a été assassiné au Vatican sur ordre de César Borgia. Lucrèce a fini tranquillement sa vie duchesse de Ferrare, auprès de son dernier mari Hercule d'Este.
  Quant au cadet, César, d'abord nommé cardinal, il a préféré une carrière civile et militaire. Nommé gonfalonier de l'église (chef de l'armée pontificale), créé plus tard duc de Valentinois par le roi de France, il a tenté de se constituer une principauté en Italie centrale avec des méthodes assez brutales, et il a finalement échoué parce que son père est mort trop tôt (empoisonné par erreur avec le poison qu'il destinait à l'un de ses cardinaux, dit la légende noire des Borgias). 
   César Borgia est le modèle du "Prince" de Nicolas Machiavel. Dans ce petit ouvrage délicieusement cynique (une sorte de manuel de l'apprenti dictateur), on apprend comment conquérir le pouvoir et le conserver en éliminant méthodiquement les rivaux et opposants. Chaque proposition est illustrée par un exemple emprunté à la vie et à l'œuvre de don César.
  La famille possède heureusement aussi un saint, Saint François Borgia, un petit neveu du pape, qui fit partie des fondateurs de l'ordre des Jésuites au XVIème siècle.

le début des guerres d'Italie

  Alexandre VI a eu des rapports compliqués avec la France. Le jeune roi Charles VIII, fils de Louis XI, voulait conquérir le royaume de Naples, dont il se considérait comme l'héritier légitime. (Il y tenait tellement qu'il a restitué à ses voisins plusieurs des provinces conquises par son père, pour avoir la paix : l'Artois, la Franche-Comté, le Roussillon. Il faudra 150 ans de guerres pour les récupérer.) Le pape a d'abord tenté de s'y opposer, sans succès : le roi a traversé l'Italie du nord au sud avec une énorme armée suréquipée en canons lourds.
  On pensait qu'une fois à Rome Charles VIII ferait déposer le pape, mais il s'est agenouillé devant lui. Cela n'a pas empêché Alexandre VI de susciter une autre ligue pour empêcher Charles VIII de sortir d'Italie, après la conquête de Naples : l'armée française a dû s'ouvrir difficilement un passage à la bataille de Fornoue.
  Le royaume de Naples a vite été perdu, les garnisons françaises ne pouvant être secourues. Par la suite Alexandre VI et son fils César sont devenus de bons alliés de la France. César est venu en France rendre visite au roi, il a ébloui tout le monde par son luxe tapageur, il a épousé la riche héritière du comté de Valence et a obtenu le titre de duc de Valentinois.

les nouveaux mondes

  C'est aussi l'époque des grandes découvertes effectuées par des navigateurs espagnols et portugais.  Alexandre VI a négocié et garanti le fameux traité de Tordesillas, qui en 1494 partageait le monde entre l'Espagne et le Portugal.

Louis XII


  En avril 1498 Charles VIII meurt des suites d'un accident (fracture du crâne sur un linteau de porte basse). Son cousin Louis XII lui succède. Il a des droits familiaux sur le duché de Milan, et annonce son intention de le conquérir. César Borgia, créé duc de Valentinois, se rend en France à l'automne, assiste à Nantes au mariage de Louis XII avec Anne de Bretagne, et épouse lui-même une princesse française, avant de repartir pour l'Italie en février 1499.

Ce contexte politique ne devait guère troubler la paisible paroisse poitevine de Saint-Génard de Nossay. Toutefois il est intéressant de noter que beaucoup de gens circulaient entre la France et l'Italie, dans le cadre des négociations entre le roi, le pape et les autres puissances italiennes, pour préparer la conquête du duché de Milan. C'est peut-être une des explications de notre charte.


"Dix écus d'or au coin du roi de France".

  Il s'agit de l'écu au soleil, d'environ 3,5 grammes, valant 36 sous et 3 deniers tournois.
Ces dix écus valent donc 4350 deniers = 18 livres 2 sous et 6 deniers en monnaie de compte. Presque douze deniers par jour, six petites pièces en billon (alliage à 30% d'argent).
Qu'est-ce que cela représente dans la vie quotidienne de l'époque ? Et quelle portion des revenus de la cure de Saint-Génard le nouveau curé devra-t-il y consacrer ?

Les revenus d'un curé

Données glanées chez Michel Aubrun : la paroisse en France des origines au XVème siècle.

Au XVème siècle le revenu d'un curé provient essentiellement du casuel (les droits prélevés sur les actes religieux), en particulier les quêtes aux jours de fête et le droit de sépulture.  Encore les curés doivent-il partager avec les marguilliers ou luminiers (laïcs chargés de l'entretien de l'église), parfois aussi avec le patron de l'église, et payer des droits à l'évêque.

  Droits de sépulture en Auvergne : 13 deniers pour un enfant, 25 deniers pour un adulte. Dans le Maine : 30 sous (= 360 deniers) pour les riches, 7 sous (= 84 deniers) pour les pauvres. Une extrême-onction en Bourgogne coûte 18 deniers, alors que la confession avant mariage ne coûte qu'une poule.

  Quêtes en Auvergne : l'usage est de verser 2 deniers (une petite pièce de billon) aux quatre grandes fêtes. Le revenu des quêtes est de l'ordre de 12 livres par an.

  Il existe des cures si pauvres que le curé tente d'améliorer ses revenus par une seconde activité professionnelle. En Franche-Comté plusieurs curés fabriquent et vendent des masques et des marionnettes. En Berry on connaît le cas de curés tenant une auberge.

  Il existe aussi des cures riches, où le curé peut sous-traiter le travail à un vicaire, selon un contrat parfois passé devant notaire : le vicaire verse une somme fixe à date fixe (un fermage, en quelque sorte), ou bien il conserve une partie du revenu de la paroisse (le tiers ou la moitié) et verse le reste au curé absentéiste (un métayage, en quelque sorte.)

  Estimation du revenu moyen d'un curé en Auvergne (région pauvre) : 20 livres par an.

Et pour Saint-Génard ?

  Si l'on applique cette grille de lecture à Saint-Génard de Nossay, il semble qu'on ait affaire à une cure relativement riche, puisque le nouveau curé sera en mesure de verser à l'ancien une pension de 18 livres par an. Reste à savoir quelle proportion du revenu de la cure cela représente. Probablement le tiers.

  Pourquoi Guillaume du Roy a-t-il choisi de laisser sa cure à Denis Rinage, au lieu d'en faire son vicaire ? Pourquoi les deux prêtres se sont-ils adressés à la chancellerie pontificale, passant ainsi par-dessus leur hiérarchie (l'abbé de Nouaillé qui avait le droit de présentation en tant que patron de la paroisse, et l'évêque de Poitiers qui avait le droit de nomination.) ? Combien ont-il dû payer pour cela, en taxes régulières et en pots de vin ? Pourquoi tant de précautions et de menaces ? Pourquoi l'acte ne mentionne-t-il ni le prieuré, ni des moines de Nouaillé, ni l'évêque de Poitiers ? Comment ces instances ont-elles réagi ?  Autant de questions sans réponse.

L'attribution des bénéfices

  On trouve à la même époque l'usage suivant : quand un prélat meurt à Rome, le pape a automatiquement le droit de nommer des successeurs pour ses différents bénéfices. Toutefois cet usage se heurte à de fortes oppositions : même en Italie, il arrive que le duc de Milan ou la république de Venise refusent une nomination pontificale et désignent un autre évêque ou un autre abbé. Le conflit finit par se régler un jour ou l'autre, en général de la manière suivante : le pape  renonce à son candidat et reconnaît l'autre contre un fort dédommagement.

  En France la "pragmatique sanction" du roi Charles VII mettait toutes les nominations sous le contrôle royal et en écartait la papauté. Ses successeurs y ont renoncé, mais ont menacé à plusieurs reprises de la rétablir.   

Dans tous les cas il s'agit de gros bénéfices : évêchés, abbayes, et non de cures de campagne.


La paroisse, la cure, le prieuré et l'abbaye

Eléments d'histoire de la paroisse
données glanées chez Michel Aubrun :

  A l'origine il y a des églises publiques, peu nombreuses, et des fondations privées, avec des droits différents. Quelle que soit la nature de la paroisse, le prêtre doit être entretenu par une dotation en terres et par la dîme, partagée avec l'évêque. Les actes religieux sont censés être gratuits.

La tentative de normalisation carolingienne

  Les premiers Carolingiens ont tâché de rationaliser le système : les droits des églises sont progressivement égalisés, la dîme est rendue obligatoire, le prêtre doit être doté d'un véritable domaine (Michel Aubrun cite une charte : 10 hectares et 4 serviteurs. Cela lui semble peu.) Mais à la même époque commence l'irrésistible féodalisation de la société.

  Au moment de la réforme grégorienne (XIème-XIIème),  la plupart des églises ont un patron laïc, qui désigne le desservant et contrôle les revenus. La dîme, donnée en fief, partagée entre les héritiers, a complètement échappé aux prêtres. Le domaine du prêtre carolingien s'est réduit à quelques lopins : un jardin, une prairie. Pour vivre, le prêtre a dû trouver d'autres sources de revenus : toutes les activités religieuses sont payantes, et ces revenus sont souvent eux-mêmes partagés avec le patron, l'évêque ou d'autres ayant-droit. Cette situation ne changera pas fondamentalement jusqu'au concile de Trente.   

La mainmise monastique

La réforme grégorienne exige des patrons laïcs qu'il "restituent" leurs églises à l'église. Ils s'y résoudront peu à peu, mais à leur manière. La plupart vont donner ou revendre leurs églises et leurs dîmes à des abbayes, et non à l'évêque. Du point de vue du curé il n'y a pas de changement : au patron laïc s'est substitué un patron monastique, tout aussi exigeant. Le curé doit vivre de son casuel (la vente des actes religieux) et des revenus annexes qu'il peut acquérir ou qu'il se constitue par un autre travail.

  Le mot "curé" apparaît au XIIIème siècle. A la même époque apparaissent des associations de laïcs - la fabrique - qui désignent des marguilliers ou luminiers chargés de l'entretien de l'église.

  La plupart des paroisses sont donc des possessions monastiques, et des prieurés sont souvent installés à côté de l'église. Le clergé régulier n'a théoriquement pas le droit d'exercer la cure. Cette règle, rappelée périodiquement par des bulles papales, est néanmoins tournée de diverses manières.  De même un moine ne doit pas occuper seul un prieuré.

Dans bien des cas l'église est partagée physiquement entre les moines du prieuré et le curé avec ses paroissiens : par exemple le curé ne peut utiliser que la moitié de la nef et une chapelle. 


Et pour Saint Génard de Nossay ?

  Si l'on applique la grille de lecture de Michel Aubrun au cas particulier de Saint-Génard de Nossay, on tombe sur une multitude de questions sans réponse, mais qui méritent d'être énoncées pour servir de cadre de réflexion, tant pour la lecture des textes que pour les résultats des fouilles  :

- L'église a probablement été fondée dans le second quart du VIIIème siècle, si du moins son titulaire est bien le Saint Gennard, proche du roi Clotaire III, devenu abbé de Saint-Germer de Flay dans le diocèse de Beauvais, mort en 720, fêté le 6 avril.
Quel était alors le contexte local ? Y avait-il auparavant une église privée à Nossay ou dans les environs ? L'archiprêtré était-il déjà installé à Mazières ? (Le christianisme étant implanté depuis quatre siècles, il y avait nécessairement un encadrement religieux de la population locale, une église au centre de cet encadrement, une définition ancienne de limites paroissiales.)
L'os du crâne conservé dans une niche de l'église est-il une relique de Saint Gennard ?

- Vers 930 une dame et son fils donnent à l'abbaye de Nouaillé les deux églises de St Génard de Nossay et de St Pierre de Paizay En 1119 une bulle du pape Gélase II recense Saint-Génard parmi les prieurés de l'abbaye de Nouaillé. Ce prieuré contrôle aussi la paroisse de Paizay le Tort.

- Comment l'église de Saint-Génard était-elle partagée entre les moines du prieuré et le curé de la paroisse ?
Les bons moines de Nouaillé n'ont pas hésité à déblayer une partie du cimetière pour installer ou agrandir leur prieuré : ce cimetière était-il partiellement désaffecté ? A-t-il servi continûment à la population de Nossay, ou y avait-il ailleurs un cimetière paroissial ?

- Quels étaient les occupants du prieuré à sa destruction lors des guerres de religion ?
Y avait-il encore des moines et un prieur, ou bien le curé était-il venu s'installer dans un prieuré déserté et réaménagé en presbytère ?

- Quelles ont été les conséquences de la réorganisation consécutive au concile de Trente ?
Un texte du XVIIIème  nous apprend que les revenus du prieuré et de la paroisse étaient partagés entre le prieur titulaire, un moine de Montierneuf (1200 livres) et le desservant (600 livres) (donc une répartition 2/3 - 1/3). De quels revenus s'agit-il ? Y comprend-on le fermage des terres du prieuré ?


Questions diverses
(non examinées faute de moyens)

- La question des indulgences : la bulle papale évoque des indulgences individuelles ou collectives,  d'un modèle particulier.

- La question juridique : le pape s'adresse à l'official du diocèse de Poitiers (et non à son supérieur hiérarchique, l'évêque). Il s'adresse aussi à l'abbé de Notre-Dame de Celles, qui ne peut guère être concerné qu'à titre de voisin. Il évoque la procédure pour faire lever une excommunication : un appel à la censure ecclésiastique. Pourquoi ne s'adresse-t-il ni à l'évêque ni à l'abbé de Nouaillé ?

- La question des compétences et des fonctions : La bulle papale ne s'intéresse pas à la compétence de Denis Rinage. Elle le nomme "recteur de ladite église", comme s'il était déjà en fonction, tandis que Guillaume du Roy "tenait ladite église". Peut-être faut-il y voir la trace d'une situation semblable à celles décrites par Michel Aubrun : Guillaume du Roy aurait été un curé absentéiste, et Denis Rinage son vicaire. En 1498, pour une raison inconnue, Guillaume du Roy serait contraint de résigner sa cure, et il tenterait d'échanger son titre de curé contre une pension de retraite. 
Est-il possible de trouver des situations analogues ?

 1498, 25 décembre. Bulle du pape Alexandre VI adressée à l'abbé de Celles et à l'archidiacre de Vittel, diocèse de Toul, official de l'église de Poitiers, par laquelle il autorise l'assignation faite d'une pension de dix écus d'or sur le revenu de la cure de Saint-Génard, par Denis Rinage, curé titulaire, à Guillaume Roy, son prédécesseur, résignataire en sa faveur.


  Alexandre, évêque, serviteur des serviteurs de Dieu, à ses chers fils l'abbé du monastère de la Bienheureuse Marie de Celles, du diocèse du Poitou, et l'archidiacre de Vittel en l'église de Toul, et official du Poitou, salut et bénédiction apostolique.

  Aujourd'hui nous avons réservé, constitué et assigné, par une autre lettre de notre main, ainsi que cela est contenu plus précisément dans ladite lettre postérieure, à notre cher fils Guillaume du Roy, prêtre âgé du diocèse du Poitou, une pension annuelle de dix écus d'or au coin du Roi de France, sur les fruits, revenus et productions de l'église paroissiale de Saint Génard près de Melle du diocèse du Poitou, à lui-même, tant qu'il vivrait, ou à son procureur muni par lui d'un mandat spécial pour cela, par notre cher fils Denis Rinage, recteur de la même église, à qui nous avons aujourd'hui même  conféré gracieusement par lettre la susdite église, par libre résignation dudit Guillaume, ancien prêtre de la même église qu'il tenait alors, par l'intermédiaire de son procureur spécialement constitué par lui pour cela, (résignation) faite spontanément en nos mains et par nous admise, (église) alors vacante auprès du siège apostolique et auparavant réservée à la disposition apostolique, et par ses successeurs devenant en leur temps recteurs de la même église, (pension) devant être intégralement réglée chaque année à termes fixes bien précisés, sous sentence d'excommunication et peine de privation (de droits religieux), avec le consentement formel du même Denis Rinage.

  A ce sujet nous mandons à votre discrétion, par lettre apostolique, que, soit tous deux soit l'un d'entre vous, après que ladite lettre postérieure vous aura été présentée, vous usiez de votre autorité, par vous-mêmes ou par un quelconque intermédiaire, pour faire verser effectivement la pension due alors à Guillaume ou à son procurateur, selon le contenu et la teneur de la réservation, constitution et assignation susdites, et de notre décret à ce propos dans la même lettre postérieure.

  Qu'il s'agisse du susdit Denis et de ses successeurs, si vous constatez que l'un d'entre eux a encouru la sentence d'excommunication, chaque fois que vous en aurez été requis par le représentant dudit Guillaume du Roy l'ancien, tant les dimanches que les autres jours de fête dans les églises, au moment où la grande foule du peuple sera rassemblée pour la cérémonie, vous devrez dénoncer publiquement l'excommunié, et le faire dénoncer par d'autres, et l'interdire absolument, jusqu'à ce qu'il aura été donné satisfaction à Guillaume du Roy l'ancien, ou bien à son procureur, au sujet de la pension due alors, et que l'excommunié lui-même aura mérité d'obtenir le bénéfice de l'absolution de la sentence d'excommunication, en apaisant ses contradicteurs après appel à la censure ecclésiastique.

  Aucune objection ne pourra être soulevée parmi celles que nous avons rejetées dans ladite lettre postérieure : si par exemple Denis ou ses successeurs, ou qui que ce soit d'autre, possèdent une indulgence collective ou individuelle émanant du même siège, selon laquelle ils ne pourraient pas être interdits, suspendus ou excommuniés par lettre apostolique ne faisant pas pleine et expresse mention mot pour mot au contenu de l'indulgence.

   Donné à Rome à Saint Pierre en l'an de grâce mille quatre cent quatre-vingt dix huit, le 11 des calendes de janvier, septième année de notre pontificat.

F. Ponjicius                F. Parma
G. Béronne                B. Anselini                    Pennafiel
A. Calder
L. Ver

Texte latin publié par l'abbé Largeau dans son histoire de l'abbaye de Celles.
Traduction François Vareille 2005